Bruce Mayence.


A l'origine, j'étais venu pour rencontrer Isabelle Dupon(1), lectrice fréquentant la Bibliothèque communale de Trazegnies qui y présentait son roman de science-fiction "Éden, paradis des humains" publié chez "Publibook" en 2001 et le dessinateur underground "Joë Giusto Pinelli".
Après avoir traversé la salle d'entrée et la buvette, j'aperçois en entrant dans la seconde salle un individu attablé face à la porte et habillé en explorateur colonial avec casque sur la tête. Bof, je ne m'y attarde pas trop et me tourne vers l’emplacement où se trouve Jo G. Pinelli pseudonyme de Bertrand Dehuy (2) .
Après m'être présenté à Joë et lui avoir exprimé mon intérêt pour les auteurs et artistes courcellois, ce dernier me dit : "Le gars à ma gauche ( Bruce Mayence) a habité également Courcelles pendant plusieurs années et est romancier".[sic]
Après avoir conversé avec Bertrand, mon attention se dirigea donc naturellement en direction de ce Bruce Mayence au look quelque peu excentrique qui évoqua pour moi sa vie et son besoin d'écriture.
Mais, qui se cache sous le pseudonyme de Bruce Mayence ?
Bruce Mayence qui s'appelle en réalité Willy Mayence (Will pour les intimes) est né à Jumet, le samedi 14 avril 1956.
Au début de son itinéraire littéraire, Il signait ses livres « Bruce L Mayence) en référence au satiriste américain Lenny Bruce « mais le public , associant faussement "Bruce L. Mayence" à l’acteur Bruce Lee, Bruce décida de retirer assez rapidement le "L." dans ses nouvelles publications.
Il est le fils d'Oscar Mayence, maçon (3) et d'Irène Blicq (4), femme au foyer.
Will fait partie d'une fratrie de cinq garçons. Ses quatre frères ont exercé le métier de maçon. Ils sont prénommés Claude, Fernand, Christian et Michel. Will est le quatrième de la liste...
Une petite sœur prénommée Michèle a également vu le jour. Mais malheureusement, elle est décédée à l'âge de sept mois et deux jours après sa naissance. Étant né après elle, Will est de ce fait, un enfant "arc-en-ciel" symbole d'espoir et de bonheur.
Will a vécu les premières années de sa vie à Jumet-Houbois où, il fit ses quatre premières années primaires. Ensuite, son père ayant créé une entreprise de rejointoyage, il habite au n° 104 à Courcelles et il fréquente l’École libre du Petit-Courcelles.
Pour ses études secondaires, il entre en 6ème latine au Collège Godinne Burnot à Profondeville. C'est à l'âge de douze ans que Will commence à écrire des histoires. Il aime également recopier des passages des aventures de Bob Morane de l'écrivain Henri Verne.
A l'époque, Henri Verne et Kirk Douglas étaient ses deux personnalités préférées.
Lassé par les études, Will devient apprenti-boulanger à l'âge de 14 ans. Cependant, ayant un esprit curieux, il lit beaucoup et se cultive hors du cursus scolaire.
A la question « As-tu eu une enfance heureuse ? », il répond OUI malgré le manque d’argent. Son père assuma une double journée de travail pendant une dizaine d’années pour améliorer l’ordinaire. Et, ses parents étaient plus tolérants vis-à-vis de son frère Michel et lui qu’avec, noblesse oblige, les trois aînés.
En âge de servir sa patrie, il échappe au service militaire car, ses deux frères aînés ont déjà été appelés sous les drapeaux. En effet, la règle voulait que seuls les deux premiers fils faisant partie d'une famille nombreuse étaient mobilisables.
Pendant plusieurs années, Will travaille pour le boulanger Guy Schoonheyt à Gouy-lez-Piéton. A l’époque, il habite à la rue du Chauffour. Il a également travaillé pour la boulangerie Richard à Marchienne-Docherie.
Will s'est également établi à son compte et a ouvert, sans succès, une boulangerie à la rue de la Broucheterre à Charleroi.
Voulant changer d'horizon, il part œuvrer à Ostende et ensuite à Sint Andries où, il boulange pour la boulangerie Filip pendant six ans.
Un jour de 1989, Willy est assis quelque peu désœuvré sur une plage de Middelkerke. Ce jour-là, il prend la décision d'écrire un roman. Cependant, il commence par écrire une biographie romancée pour se faire la main. Elle faisait six-cent feuillets et n’a finalement jamais vu le jour.
Ensuite, il entreprend la rédaction de son premier roman "La carrière des singes de marbre" mettant en scène un ancien policier menant une enquête criminelle dans la région de Philippeville et dans la région des Lacs de l’Eau-d’Heure.
Le livre, terminé en 25 jours, comprend deux-cents cinquante pages A4. Son roman a toute de suite plu à l'éditeur bruxellois Christian Lutz fondateur des éditions "Le Cri" qui le publie en 1991. Ce roman sera réédité en 2025 sous un autre titre. Nous y reviendrons plus loin.
Et, Bruce devient membre du comité de lecture des éditions "Le Cri".
C’est ainsi qu’il eut entre les mains le manuscrit du premier roman de l’auteur trazegnien Jean Flament, "Oostende blues".
Ensuite, Bruce écrit trois autres romans qui sont édités à Paris par l’éditrice Anne-Marie Métailié : "Du pain sur la planche" (1993),"Les Guenons" (1995), "Les non-partant" (1997).
Les romans "Du pain sur la planche" (1993) et "Les non-partant" (1997) mettent tous deux en scène des boulangers.
En 1995, Bruce est finaliste du prix "AT&T Littéraire" décerné à Bruxelles et doté d'une somme de 500 000 francs (12 394,7 euros). Ce prix récompensait un auteur d'origine belge ou ayant résidé au moins 10 ans en Belgique. Malheureusement pour Bruce, ce prix est attribué à l'écrivain Jean-Luc Outers pour « La place du père ». L'écrivain Vincent Engel faisait également partie des participants au concours.
Il est à noter que Will a été contraint d'arrêter de travailler en boulangerie suite à une hernie discale en 1996.
La même année, Bruce participe à l'émission de la R.T.B.F. "En toutes lettres" consacrée au roman policier et intitulée "L'Art du Polar" qui peut toujours être regardée sur "Auvio".
En juin 1997, les éditions "Baleine" publie "La Belge et la Bête" dans sa collection "Le Poulpe", celui-ci sera réédité en 2024 par les éditions « Moby Dick » de Montpellier, qui ont repris Baleine. Bruce situe cette histoire à Charleroi. Cela devait être son dernier roman mais,...
La même année, il devient directeur de la collection "Noir Pastel" qu'il a lancée chez Luce Wilquin, éditrice à Avin (Entité d’Hannut en province de Liège).
Dans "Du ciel au lit" et "Succès damnés" parus dans la collection Noir Pastel, Bruce présente, entre autres, des textes de Jean Flament, auteur trazegnien , dont Luce Wilquin éditera d'ailleurs son roman "Oostende Blues" en octobre 1997.
Dans
un article consacré à "Oostende blues", Guy Delhasse
écrit en parlant de Bruce : "Bruce Mayence continue ses
tours de pistes dans la nouvelle collection des éditions Luce
Wilquin, Noir Pastel. Toujours le même pantalon noir pour vêtir
deux guibolles en vadrouille dans les campagnes du polar : le roman
et la nouvelles.
Le bon, le Bruce et le truand. Qui est qui ?"
Mais, il ne ménage pas le Bruce quand il parle du recueil de nouvelles noires "Du ciel au lit". Delhasse estime en effet que les auteurs sélectionnés par Bruce, surtout les plus connus, "pianotent quelques notes de morts sur des claviers figés. En écrivant si gras, ils se perdent et ne pètent jamais les plombs. Seuls les seconds couteaux donnent l'impression de jouer le jeu du noir..
C'est à cette époque que Will entre dans l'enfer du jeu. Enfer dont il sortira bien plus tard. Durant cette période, il arrêtera d'écrire.
En 1998, il est engagé à la Bibliothèque de Jemappes sous contrat "PRIME". C'est là qu'il rencontre la femme de sa vie Valeria Lai en 2000.. Ils se marièrent six ans plus tard. Ce sont ses meilleurs souvenirs.
En 2000, Bruce revient à l'écriture avec trois nouvelles intitulées "Du pain, des jeux, des pédophiles" et "Les Élus" (Académie d'été de Libramont) et "Bardamu, fils de pute" en référence à un personnage de l'écrivain maudit Louis-Ferdinand Céline. Ce texte a été écrit dans le cadre des journées '"Histoires de lecture : Lire en fête" des 13, 14 et 15 octobre 2000 organisées par le Ministère de la Culture française. Ces journées étaient consacrées aux personnages littéraires.
En 2001, il écrit la nouvelle "Bruxelles-Las-Vegas" pour le recueil "Bruxelles, du noir dans la blanche" paru dans le numéro du mois d'août dans un recueil des éditions "Autrement". Bruce y dresse le portrait d'un joueur invétéré qui hante un milieu interlope du centre-ville.
Ensuite, Bruce reste sur son acquis et cesse d'écrire mais, participe à des événements littéraires. C'est ainsi que j'ai pu le rencontrer à Ligny comme conté en ouverture de cette notice biographique.
Les samedi 15 et dimanche 16 octobre 2005, il participe au week-end consacré aux auteurs courcellois à l'occasion de "La fureur de lire". organisé par la Bibliothèque communale de Courcelles.
| Invitation au Salon du livre des auteurs courcellois 2005 - Collection L. Heuchon |
| B. Mayence au Centre culturel de Courcelles - © Luc Heuchon |
| Programme du Salon du Livre des auteurs courcellois 2005 |
Willy prend sa retraite en mai 2017 et pour tromper l'ennui regarde les séries policières dont il est féru, à la télévision. Il consacre également une partie de son temps libre à la pratique, avec un excellent niveau, du Scrabble duplicate, série 3 et en participant à des compétions internationales de ce jeu.
En 2024, Will est contacté, par l'entremise de "l'ancienne patronne de la Bibliothèque de Jemappes" Christiane Bertrand, par l'auteur Vincent Engel qui vient de créer Edern éditions et souhaite rééditer les livres de notre désormais jemappiens.
C'est ainsi que son premier roman "La carrière des singes de marbre" est réédité chez "Edern éditions " en novembre 2024 sous le titre "Impasse des cocus" dans la collection ""Parallèles".
Résultat, Bruce demande à récupérer ses droits d'auteur auprès de ses anciens éditeurs. Anne-Marie Métailié répondit oui tout de suite à sa demande.
Pour ses droits aux Éditions "Baleine" pour Le Poulpe, ce fut un peu plus difficile. Laissons à Bruce en expliquer la raison : " Quant à "La Belge et la Bête" de la collection "Le Poulpe", la maison d'édition "Baleine" ayant fait faillite, j'ai dû investiguer pour découvrir qui avait repris la franchise, menant à une collaboration inattendue avec Jean-Christophe Lopez des éditions Moby Dick à Montpellier."
En effet, cet éditeur a réédité le roman "La Belge et la Bête" le 31 octobre 2024 et dans la foulée, a demandé à Bruce de lui écrire un polar pour une nouvelle collection en création, "La fille du Poulpe".
La machine s'est donc remise en marche et a accouché de "Qui veut gagner de mignons ?" dont l'action se déroule à Mons en plein Doudou.
Bruce a en cours d'écriture quatre courts nouveaux romans. Le titre générique de ces quatre romans s’intitule « Les vieilles canailles » et ils reprennent les personnages secondaires de son nouveau roman « Qui veut gagner des mignons ».
Depuis qu'il a repris son stylo Parker (il préfère travailler à l'ancienne laissant à son épouse le soin de mettre sa prose au propre sur un ordinateur).
Aujourd’hui, il reprend sa plume qui voit réapparaître Gonzague Saint-preux, trente-cinq années plus tard, happé par une affaire dont l'action se déroule en Sardaigne, l’île dont la famille de sa femme est originaire.
La parution de nouveaux romans veut que les auteurs et leurs éditeurs promotionnent le fruit de leurs efforts. Et, l’usage veut que l’on participe à des événements littéraires pour des séances de dédicace. C’est pourquoi, notre ami Bruce a renoué avec cet exercice.
Et quoi de mieux pour bien débuter l’exercice : une petite soirée littéraire à la… Bibliothèque de Jemappes où, il a sévit plus de vingt ans. C’est chose faite le vendredi 11 avril 2025 à l’occasion de la réédition de son premier roman. C’est Vincent Engel qui présenta l’auteur et son roman « Impasse des cocus » paru antérieurement sous le titre « La carrière des singes de marbre » comme déjà évoqué précédemment.
Le samedi 28 mars de cette année, Bruce a participé à "Le Livre en Fête" au Centre culturel de Pont-à-Celles pour présenter son dernier opus : « Qui veut gagner des mignons ? »
| Le Livre en Fête : Gorian Delpature, Olivier Papleux et Bruce Mayence - © Photo Valeria Lei |
Bruce participera officiellement au "Salon de la littérature belge" au Palais des Congrès de Mons, les 7 et 6 juin 2026.
Que peux-t-on encore écrire à son sujet ?
Qu'adolescent, il pratiquait la moto.
Qu'outre le métier de boulanger, il a été garçon de café, chauffeur de taxi, entrepreneur, ...
Qu'il est père de deux enfants, nés hors mariage. Will ayant été marié deux fois avant leur naissance.
Que ses romans sont nourris par son vécu.
Que son amour pour son épouse Valeria l’a fait tomber en amour pour l’île de Sardaigne. En effet, ses yeux pétillent quand il évoque la Sardaigne et ses habitants.
Que ses influences littéraires sont : Georges Simenon, Stanislas-André Steman, Jean-Patrick Manchette, Didier Daeninckx, Xavier Hanotte, Tonino Benaquista, Dantec Izzo et Thierry Jonquet.
Qu'il a en horreur le racisme et l’intolérance.
Qu'il est doté de beaucoup d'humour. Humour qui peut être parfois caustique. Il possède également un sens aigu de la répartie.
Qu’à une époque, il avait à cœur deux projets d’écriture : l’enfer du jeu qui n’a toujours pas été abordé.
Et voilà...
Notes
(1) Isabelle Dupon : Née à La Hestre, le 15/0/1968. Fille de Trifon Dupon et de Nadine Tendola. D'un naturel imaginatif, elle a commencé à écrire encore enfant. Couturière de formation, elle a été factrice pendant un an à Trazegnies. Elle a publié à ce jour trois romans : "Éden, paradis des humains", "Des humains en exil" et "L'empire de Tareek".
(2) Bertrand Dehuy, un des chefs de file de la B.D. underground belge, plus connu sous le pseudo de "Joë Giusto Pinelli". Ce dernier est né en 1960 à Gouy-lez-Piéton au domicile de ses grands-parents maternels..
Bertrand est le fils de Michel Dehuy qui fut instituteur à Courcelles et de Claudine Embise qui travailla,dans les années 70-80, à la Librairie "PAULI" située au Boulevard Tirou à Charleroi.
Bertrand est professeur de B.D. à l'Académie des Beaux-Arts de Liège en cours du soir et est l'auteur de nombreuses B.D. et autres réalisations. Il a notamment collaboré avec Thierry Belfroid à la réalisation de romans graphiques. A suivre...
(3) Oscar Mayence : quoique analphabète, il savait très bien compter dixit son fils Will. Après son entreprise de rejointoyage, il a créé à Courcelles la société de taxis "Eurotax Courcelles" avant de migrer et devenir "Eurotax Jumet".
(4) Irène Blicq : sœur de l'entrepreneur Roger Blicq de Courcelles. Roger Blicq pratiquait le sablage de façade.
Bio-bibliographie
Heuchon, Luc
Entretien avec Bruce Mayence à la Foire du Livre de Ligny en février 2 003
Entretien avec Bruce Mayence à Mons le 10 mars 2026
Questionnaire 2005
Borgers, E.
Bruce Mayence
. – [S.l.] : Canal noir, 2000
. – 3 p. : ill.
http//www.geocities.co
Delhasse, Guy
Noir pastel en remet une couche
In Culture livres, 02/1998
Lejeune, Guy et Sluszny, Marianne
En Toutes Lettres : l’Art polar / textes et entretiens Mariane Sluszny ; scénario et réalisation Guy Lejeune
. – [S.l.] : R.T.B.F., 1996
. – reportage : durée : 55’ ; couleur
Mérague, Gilbert
Bruce Mayence, romancier
. – Arlon : Service du Livre luxembourgeois, 1997
. – 2 p. : ill.
http//www.servicedulivreluxembourgeois.be
Bibliographie
La Belge et la Bête
. – éd. Baleine, 1997
. – 143 p.
. – ( Le Poulpe ; 64)
Bruxelles-Las-Végas
In "Bruxelles : du noir dans la blanche"
. – Paris : Autrement, 2001
.- 205 p.
. – ( Romans d’une ville)
. – p. 133 – [168]
La carrière des singes de marbre
. – Bruxelles : Le Cri, 1991
. – 304 p.
Du pain, des jeux, des pédophiles
. – Libramont : Académie d’été, 1999
. – 16 p.
Du pain sur la planche
. – Paris : Métailié, 1993
. – 167 p.
. – ( Troubles)
Impasse des cocus
. - Bruxelles : Edern éditions, 2024
. - 250 p.
. - Réédition de son 1er roman "La carrière des singes de marbre"
Les élus
. – Libramont : Académie internationale d’été, 2000
. – 12 p.
Les guenons
. – Paris : Métailié, 1999
. – 142 p.
. – ( Métailié noir ; 8)
Meurtres
In "Du lit au ciel : Bruce Mayence présente..."
. – Avin : Luce Wilquin, 1987
. – 236 p.
. – ( Noir pastel)
. – p.11-23
Les non-partants
. - Paris : Métailié, 1997
.- 177 p.
Qui veut gagner des mignons ?
. - [Montpellier] : Moby Dick éditeur, 1925
. - 159 p. : couverture ill. / Roman Gigou
.- (Collection "La fille du Poulpe ; 14)

